Réflexion du professeur certifié de philosophie Daniel Houékin : Quel enseignement technique pour le développement du Bénin ? – Innovation transformation de l’existant, valeurs endogènes et souveraineté technique

Daniel Houekin professeur philosophie enseignement technique Benin
Professeur certifié de philosophie Daniel Houékin, auteur de la réflexion « Quel enseignement technique pour le développement du Bénin ? ». En boubou bleu à motifs éventails jaunes, il propose une cartographie des lycées techniques basée sur les savoirs endogènes : Abomey fer, Ouémé pêche, Adjarra musique, Mono argile, Nord agricole.

Quel enseignement technique au Bénin? une réflexion de Daniel Houékin : tous les pays qui sont développés ont orienté l’essentiel de leur système éducatif vers l’enseignement technique et professionnel. Depuis plusieurs années, les gouvernements successifs du BÉNIN investissent dans ce sous-secteur de notre système éducatif. La création des Lycées techniques et leur équipement justifient cette volonté de faire. Le président WADAGNI s’inscrit dans cette tradition. Il est déterminé à donner plus de visibilité à l’enseignement technique et professionnel.

Pour le président de la République, l’enseignement technique et professionnel constitue un levier stratégique et indispensable pour stimuler la croissance économique, réduire le chômage des jeunes et répondre aux besoins du marché d’emploi.

Mais il y a une question que nous devons nous poser : QUEL ENSEIGNEMENT TECHNIQUE POUR LE DEVELOPPEMENT DU BENIN ?

Le piège du modèle calqué

Dans bon nombre des pays sous-développés, on note l’absence d’un modèle de développement, tout est calqué sur le système occidental. Cela justifie l’absence de ces pays sur le marché mondial. Nous ne sommes pas sans savoir que la mondialisation a rendu le monde en un village planétaire où chacun vend son identité. Qu’est-ce que nous produisons de spécial ? J’ignore.

Pour nous imposer dans le concert des grandes puissances, notre enseignement technique doit avoir comme base nos valeurs endogènes, c’est-à-dire qu’il doit être le prolongement de notre technique rudimentaire. Pour le dire simplement, notre enseignement technique et professionnel doit transmettre la capacité technique essentielle devant permettre aux citoyens de comprendre, d’utiliser et de transformer le monde matériel qui les entoure.

Cette façon de transformer et de moderniser nos trouvailles culturelles par l’enseignement technique n’a autre nom que l’innovation. Autrement dit, l’innovation technique c’est la transformation de l’existant. En paraphrasant LAVOISIER, nous disons que « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. »

Sur ta photo, le professeur Daniel Houékin, en boubou bleu roi à motifs éventails jaunes et broderies jaunes au col, regard franc, pose la question centrale.

Que doit faire le BÉNIN ?

Le gouvernement devrait revoir la cartographie des lycées techniques et professionnels de notre pays. Ces lycées devraient exister en fonction des techniques rudimentaires des grandes régions du BÉNIN.

Exemples concrets proposés par le philosophe :

Tout le plateau d’Abomey est réputé pour les travaux de fer. Dans cette région, on implante le Lycée technique des travaux métallurgiques (soudure, mécanique, les grands travaux de fer, etc.).

Dans la basse vallée de l’Ouémé, on y construit le lycée technique des travaux de la pêche et de la pisciculture. Une réponse directe aux réalités de Adjohoun, Dangbo, Aguégués, où l’eau est le quotidien.

ADJARRA et ses environs vont abriter le lycée technique de la musique et des arts. Berceau du tambour, de la percussion et du patrimoine royal, Adjarra a un savoir-faire musical mondialement reconnu.

Dans le Mono, on construit le lycée technique des ustensiles à partir de l’argile. Poterie, céramique, art de la terre, un savoir-faire ancestral à moderniser.

Tous les lycées agricoles seraient construits au Nord du pays. Là où la terre, le coton, le soja, le maïs et l’élevage dictent l’économie.

Souveraineté technique et matériaux locaux

Cette transformation majeure de notre enseignement technique le rapprocherait plus de la population et pourrait nous permettre de vendre nos savoir-faire sur le marché mondial. L’école technique ne doit pas remplacer ces savoirs endogènes, mais leur apporter une valeur ajoutée (sécurité, optimisation des rendements, design) pour les rendre compétitifs sur les marchés.

Cela nous permettra de créer aussi la souveraineté technique, c’est-à-dire, notre capacité à concevoir des machines et des outils adaptés à notre environnement. Dans un monde soumis à de rudes épreuves climatiques, l’enseignement technique doit former des jeunes capables d’utiliser les matériaux disponibles localement, plutôt que d’importer des matériaux coûteux et inadaptés à notre environnement.

Autrement dit, ne plus importer des chalutiers norvégiens pour la vallée de l’Ouémé, mais concevoir des barques motorisées adaptées aux eaux peu profondes. Ne plus importer des fours à céramique allemands pour le Mono, mais optimiser les fours à argile locaux avec des normes de sécurité et de rendement.

C’est là que l’enseignement technique devient développement : quand il part de ce que nous savons déjà faire, pour le rendre plus performant, plus sûr, plus vendable.

La réflexion du professeur Daniel Houékin rejoint ainsi l’offensive sociale du gouvernement Wadagni exposée à Porto-Novo : comment faire que les lycées techniques ne soient pas des coquilles vides, mais des prolongements de nos identités productives ?

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