DÉBAT D’ORIENTATION BUDGÉTAIRE 2027-2029 : Les députés saluent une croissance record et formulent une série de recommandations au gouvernement

Réunis en séance plénière ce mercredi 24 juin 2026 sous la présidence de Joseph Fifamin Djogbénou, les députés de la 10ᵉ législature ont procédés aux travaux sur le Débat d’orientation budgétaire (DOB) consacré à la période 2027-2029. Sur la base du rapport de la Commission des finances et des échanges, présenté par le premier rapporteur Bio Sarako Tamou, l’Assemblée nationale a passé au crible le Document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle (DPBEP) ainsi que les Documents de programmation pluriannuelle des dépenses (DPPD), transmis par le gouvernement conformément à l’article 59 de la loi organique n°2013-14 relative aux lois de finances. Les travaux, précédés d’un atelier d’appropriation organisé le 22 juin avec l’appui technique de l’UNACEB, se sont tenus en présence du ministre de l’Économie et des Finances, de ses ministres délégués, ainsi que du garde des Sceaux, ministre de la Justice.

Une croissance record en 2025, des prévisions toujours soutenues pour 2026

Le rapport dresse un bilan globalement positif de la période 2023-2026. Au plan national, le taux de croissance économique a atteint 8,1 % en 2025, contre une prévision initiale de 7,5 %, succédant à 7,5 % en 2024 et 6,4 % en 2023 — un niveau que les députés qualifient d’inédit depuis l’avènement du renouveau démocratique. Cette performance s’appuie sur la combinaison d’une campagne agricole robuste, de l’essor du BTP et des industries, et d’une reprise du commerce. L’inflation, elle, est restée maîtrisée, avec une moyenne de 1,7 % sur la période 2023-2025.

Pour 2026, la croissance nationale devrait se maintenir à 7,5 %, conformément à la loi de finances initiale, malgré un contexte international dégradé par la guerre en Iran, qui a conduit le FMI à revoir à la baisse ses prévisions de croissance mondiale (3,1 % contre 3,3 % anticipés en janvier) et à relever ses projections d’inflation. Cette même tension a justifié un relèvement de la prévision d’inflation nationale à 2,0 % pour 2026, un niveau qui reste toutefois inférieur à la norme communautaire de l’UEMOA fixée à 3,0 %.

Sur le plan des finances publiques, les recettes des régies financières ont progressé de 28,9 % entre 2023 et 2025, pour atteindre 2 193,2 milliards FCFA, soit 15,4 % du PIB. Les dépenses publiques ont également augmenté (+15,7 % sur la période), portées notamment par les investissements liés à l’achèvement des projets phares du Programme d’action du gouvernement (PAG) 2021-2026. La loi de finances 2026, après révision, s’équilibre désormais à 4 148,357 milliards FCFA, avec un déficit budgétaire porté à 3,1 %, légèrement au-dessus du plafond communautaire de 3 %.

Trois scénarios pour 2027-2029

Pour la période de programmation 2027-2029, le gouvernement a soumis trois scénarios macroéconomiques :

un scénario de référence, fondé sur la trajectoire de croissance observée depuis 2018, qui table sur un maintien du taux de croissance à 7,5 % ;

– un scénario pessimiste, qui intègre les risques d’escalade au Moyen-Orient, de détérioration sécuritaire sous-régionale et de durcissement des conditions financières internationales, et qui ramènerait la croissance à 5,8 % en 2026 puis 5,4 % à l’horizon 2029 ;

– un scénario optimiste, supposant un apaisement rapide des tensions géopolitiques et des conditions climatiques et financières favorables, qui porterait la croissance à 8,5 % en 2026 et jusqu’à 9,0 % en 2029.

Ces projections s’inscrivent dans le cadre de la « Vision Bénin 2060 Alafia, un monde de splendeurs » et du Plan national de développement (PND) 2026-2035, avec pour priorité affichée la lutte contre l’extrême pauvreté, le renforcement des filets sociaux, la territorialisation du développement autour de six pôles régionaux, ainsi que la poursuite de l’industrialisation et de la transformation locale du coton, du soja, de l’anacarde et du karité.

Les recommandations de l’Assemblée nationale

Au terme de leur examen, les députés ont assorti leur avis de plusieurs recommandations adressées au gouvernement. Ils suggèrent notamment de :

– faciliter l’accès au crédit du Fonds national de développement agricole (FNDA) pour les micro-agriculteurs ;

– renforcer les mesures de soutien au secteur agricole ;

– impliquer davantage les universitaires dans la politique de transformation digitale du pays ;

– intégrer les enjeux liés à l’intelligence artificielle dans la planification stratégique nationale ;

– prendre des dispositions pour limiter le phénomène de fuite des cerveaux ;

– renforcer le dispositif institutionnel et organisationnel des préfectures, en cohérence avec les réformes en cours sur l’administration territoriale ;

– harmoniser les quotas horaires des Aspirants au métier d’enseignant (AME).

Les parlementaires ont par ailleurs invité le gouvernement à tenir compte de l’ensemble de leurs préoccupations dans l’élaboration du projet de loi de finances, gestion 2027.

 Une économie jugée résiliente, malgré les incertitudes

Globalement, les députés ont salué la résilience de l’économie béninoise, l’efficacité de l’action publique, le respect des engagements communautaires et une gestion jugée prudente de la dette publique, en dépit des tensions géopolitiques internationales, des risques sécuritaires régionaux et des autres incertitudes pesant sur les perspectives 2027-2029   qu’il s’agisse de l’évolution du conflit au Moyen-Orient, des aléas climatiques, ou encore des politiques économiques et de change du Nigéria, partenaire commercial majeur du Bénin.

Au final, ayant constaté que le gouvernement s’était conformé aux dispositions de l’article 59 de la loi organique relative aux lois de finances, l’Assemblée nationale a pris acte du Débat d’orientation budgétaire 2027-2029.

Max Gaspard ADJAMOSSI

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