
Berceau du royaume à l’origine du Danxomè, Allada a marqué l’histoire vendredi 14 août 2026. À l’ouverture de la Semaine Internationale du Souvenir de la Traite Négrière et de son Abolition (SISTNA), la commune a signé un pacte de coopération décentralisée avec Haïti. Un symbole fort qui transforme la mémoire de l’esclavage en projet d’avenir.
Il y a des lieux où l’histoire ne se raconte pas, elle se ressent. Allada, ancienne cité royale nichée au cœur du département de l’Atlantique et berceau du royaume dont est issu le Danxomè, est de ceux-là.
Vendredi 14 août 2026, sous un ciel lourd de saison des pluies, cette ville de terre ocre a vécu un moment que ses habitants qualifient déjà d’historique : la signature d’un pacte de coopération décentralisée avec Haïti, en ouverture de la Semaine Internationale du Souvenir de la Traite Négrière et de son Abolition (SISTNA 2026).
De Ouidah, Porte du non-retour, à Allada, Porte du retour
Le symbole n’échappe à personne. À une trentaine de kilomètres au sud, Ouidah conserve dans la mémoire collective le statut douloureux de « Porte du non-retour », dernier point de contact entre des millions d’Africains déportés et le sol de leurs ancêtres.
Ce vendredi, à Allada, une autre porte s’est ouverte.
« Si Ouidah est la Porte du non-retour, Allada est désormais la Porte du retour des Afrodescendants », a lancé Dominique Brutus, chargée d’affaires de l’ambassade d’Haïti près le Bénin, sous les applaudissements d’une assistance où se côtoyaient diplomates, ministres, têtes couronnées et descendants de la diaspora.
SISTNA 2026 : Un pacte, cinq projets concrets entre Allada et Haïti
Porté par le maire Calixte Marie Gnanguènon et son Conseil communal, l’accord scellé avec Haïti dépasse la simple déclaration d’intention protocolaire. Il s’articule autour de cinq projets structurants :
1. Une fresque mémorielle sur les murs de l’arrondissement d’Allada ;
2. Un village d’accueil destiné aux Afrodescendants en quête de racines ;
3. Un centre de recherche et de documentation consacré à Toussaint Louverture et à la résistance haïtienne ;
4. Un jumelage officiel avec la ville de Jacmel, en Haïti ;
5. Dix hectares de terre réservés à un projet hôtelier portant le nom du père de l’indépendance haïtienne.
« Les frères et sœurs afrodescendants sont invités à retrouver à Allada une terre d’histoire, de mémoire et d’enracinement », a résumé le maire, dans une allocution où perçait moins la rhétorique protocolaire que la conviction personnelle d’un édile déterminé à faire de sa commune un point de convergence entre l’Afrique et ses diasporas.
Le préfet du département de l’Atlantique, Raphaël Akotègnon, a tenu à remercier la chargée d’affaires pour sa vision noble de porter en triomphe Allada, ville natale du père de la révolution haïtienne, Toussaint Louverture.
De son côté, le ministère des Affaires étrangères du Bénin, par la voix de la représentante de la ministre, s’est résolument engagé à satisfaire toutes les doléances portées par la diplomate haïtienne.

Un événement au-delà du bilatéral : toute la diaspora concernée
Présents aux côtés du corps diplomatique – les ambassadeurs du Brésil, de Cuba et de Belgique avaient fait le déplacement – Claudy Siar, chargé de mission du Président de la République du Bénin pour la culture, les médias et la visibilité, a tenu à élargir la portée de l’événement.
Selon lui, ce pacte ne se limite pas à un rapprochement entre deux nations, mais s’adresse à l’ensemble du monde afrodescendant, des Caraïbes aux Amériques.
L’honorable Solange Mèhou, députée d’Allada et enfant du terroir, a pour sa part rappelé combien la ville reste encore trop discrète sur son propre passé royal, plaidant pour une valorisation plus assumée de cet héritage, avant d’accompagner elle-même les invités à travers les stands d’une exposition consacrée aux savoir-faire et à la gastronomie locale.
Des têtes couronnées venues du Bénin, du Nigeria et du Cameroun ont donné un éclat particulier à cette cérémonie.

Mémoire, fête et transmission
Passés les discours, la soirée a pris une tournure plus festive : les rythmes des danses haïtiennes ont résonné jusque tard dans la nuit, rappelant que la mémoire, ici, ne se limite pas au recueillement. Elle se transmet aussi par le corps, la musique et le goût. Une manière, peut-être, de dire que ce qui fut arraché peut aussi être recomposé.
Les célébrations de la SISTNA se poursuivront jusqu’au 23 août. Mais à Allada, quelque chose s’est déjà joué qui dépasse le calendrier commémoratif : une ville a choisi de transformer une blessure historique en projet d’avenir et de parier que la mémoire, bien portée, peut redevenir un chemin plutôt qu’une impasse.