
Le Bénin et le Burkina Faso franchissent une nouvelle étape dans leur coopération sécuritaire. Une unité de l’armée burkinabè est arrivée à Koualou le lundi 13 juillet 2026, dans le cadre du lancement de patrouilles mixtes avec les Forces armées béninoises.
Sur place, l’arrivée des renforts burkinabè, dotés d’équipement lourd, a été accueillie avec un soulagement palpable. Selon des témoignages recueillis sur place, le déploiement a été accueilli par des scènes de liesse populaire et par la reconnaissance manifeste des militaires béninois, pour qui cet appui arrive à un moment critique : la dernière attaque meurtrière dans la zone ne remonte qu’à quelques semaines. L’objectif affiché est de reprendre les patrouilles conjointes afin de quadriller efficacement le secteur et d’empêcher toute nouvelle incursion terroriste.
Cette initiative vise à renforcer la surveillance de cette zone frontalière sensible et à intensifier les actions conjointes contre la menace terroriste qui continue de peser sur plusieurs pays de la sous-région. À travers cette collaboration opérationnelle, les deux armées entendent mutualiser leurs moyens, partager leurs renseignements et coordonner leurs interventions afin de mieux faire face à l’expansion des groupes jihadistes.
Koualou-Kourou, un territoire au statut particulier
La zone de Koualou, aussi appelée Kourou-Koalou, n’est pas une portion de territoire ordinaire. Il s’agit d’une zone neutre disputée entre le Bénin et le Burkina Faso depuis des années, administrée depuis 2009 par un comité mixte de gestion concertée, les deux pays ayant choisi dès 2008 de retirer tous les symboles de souveraineté de la zone pour régler pacifiquement le différend.Mais ce statut particulier a eu un revers : le retrait progressif des forces de sécurité des deux pays, chacun cherchant à éviter un incident diplomatique, a fini par transformer la zone en un point faible sécuritaire, propice au trafic transfrontalier et à l’implantation de groupes armés.
C’est précisément ce vide sécuritaire que la reprise des patrouilles conjointes entend combler. Le déploiement actuel est présenté comme la traduction directe d’un accord visant à étouffer les velléités des groupes armés qui profitaient de ce vide dans la zone.
Une coopération suspendue depuis le coup d’État à Ouagadougou
Cette relance des patrouilles mixtes intervient après une longue interruption de la coopération sécuritaire entre les deux pays. Depuis la prise de pouvoir militaire au Burkina Faso, la coopération sécuritaire avec Cotonou avait été rompue de fait, malgré les appels répétés du Bénin pour une reprise du dialogue opérationnel. Cette absence de coordination avait des conséquences concrètes sur le terrain : le manque d’échange de renseignement entre les deux capitales laissait aux assaillants une marge de manœuvre considérable, qu’aucune posture uniquement défensive ne permettait de neutraliser.
Le coût de cette rupture a été payé au prix fort. Fin mai 2026, deux positions des forces béninoises déployées dans la zone avaient été visées par des assauts coordonnés, faisant quatre morts parmi les militaires. Cette zone frontalière constitue depuis plusieurs années un point névralgique de la pression jihadiste sur le flanc nord du Bénin, à la lisière de secteurs où opèrent des groupes affiliés au JNIM et à l’État islamique au Sahel.
Koualou, un maillon de l’opération Mirador
La reprise de la coopération à Koualou s’inscrit dans un dispositif plus large : l’opération Mirador, lancée par le Bénin en 2022 pour sécuriser ses frontières nord avec le Burkina Faso et le Niger et protéger le complexe transfrontalier du W-Arly-Pendjari (WAP), refuge historique pour des groupes armés et des réseaux de trafic. Ce dispositif mobilise environ 3 000 soldats répartis dans plusieurs bases opérationnelles avancées, appuyés par une Garde nationale et une unité de forces spéciales créées pour l’occasion, dans un contexte où Cotonou a considérablement augmenté son budget de défense ces dernières années.
Jusqu’ici, les autorités béninoises regrettaient publiquement l’absence de collaboration avec leurs voisins du Sahel, faisant valoir que les groupes terroristes bénéficiaient d’une totale liberté de mouvement de part et d’autre de la frontière. La reprise des patrouilles mixtes à Koualou marque donc un tournant : elle rétablit, au moins localement, la capacité des deux armées à agir de façon coordonnée plutôt que chacune de son côté.
Un signal politique fort pour la sous-région
La mise en place de ces patrouilles mixtes illustre la volonté commune de Cotonou et de Ouagadougou de consolider leur partenariat sécuritaire et de faire de la coopération transfrontalière un levier essentiel pour préserver la stabilité, protéger les populations et lutter plus efficacement contre le terrorisme dans l’espace frontalier. Elle intervient aussi dans un contexte régional où la menace jihadiste continue de progresser vers le sud, touchant des pays côtiers jusque-là relativement épargnés comme le Togo, le Ghana ou la Côte d’Ivoire, ce qui rend la coordination entre États de plus en plus indispensable.