
Des internes en médecine suspendent leurs stages Depuis le 12 mars 2026, les étudiants en spécialisation médicale des facultés de médecine de Cotonou et de Parakou ont cessé leurs activités hospitalières. En cause : la condamnation à 24 mois de prison, dont 12 fermes, de trois médecins impliqués dans le décès d’une parturiente au CHUD Ouémé suite à une césarienne. Un mouvement qui révèle, en filigrane, les fragilités structurelles du système de formation médicale au Bénin
.Le verdict qui a tout déclenché
Le 11 mars 2026, le tribunal a rendu son verdict dans l’affaire du décès d’une patiente survenu lors d’une césarienne au Centre Hospitalier Universitaire Départemental (CHUD) de l’Ouémé.Trois médecins ont été condamnés à 24 mois de prison dont 12 fermes, assortis de réparations civiles et d’amendes.Parmi eux figurent des étudiants en spécialisation des Diplômés d’Études Spécialisées (DES) qui effectuaient leur formation hospitalière dans le cadre d’un encadrement supervisé. Dès le lendemain, le 12 mars, leurs pairs ont décidé de suspendre leurs activités de stage en signe de solidarité, dénonçant ce qu’ils considèrent comme une mise en cause individuelle injuste dans un système de responsabilité qui aurait dû être partagée.
Des apprenants en première ligne, sans filet juridique
Le Collectif des DES et étudiants en médecine générale du Bénin a publié un communiqué conjoint le 13 mars pour exposer les raisons de cette mobilisation. Au-delà de la solidarité envers les collègues incarcérés, les étudiants pointent un problème de fond : l’absence d’un statut juridique clair pour les internes et résidents exerçant dans les hôpitaux béninois.Ces étudiants participent quotidiennement aux activités de diagnostic, de soins et de garde. Ils constituent, selon leurs propres termes, « une composante essentielle du fonctionnement des hôpitaux » dans un contexte de pénurie de ressources humaines. Pourtant, ils ne disposent ni d’un cadre légal précis définissant leur responsabilité professionnelle, ni de garanties institutionnelles adaptées à leur statut d’apprenants.Ce vide juridique, dénoncent-ils, les expose à endosser personnellement des responsabilités qui devraient être partagées avec les praticiens superviseurs et les structures hospitalières. « La sécurité du patient commence par un cadre clair, juste et responsable pour tous les acteurs de santé », affirme le collectif.
La faculté et l’Ordre des médecins réagissent
Face à la suspension des stages, le décanat de la Faculté des Sciences de la Santé (FSS) de Cotonou n’a pas tardé à répondre. Dans un communiqué signé par le doyen Josué Georges AVAKOUNDJO, également publié le 13 mars, il est rappelé que les stages hospitaliers sont « une composante essentielle et obligatoire de la formation médicale ». Le doyen a exigé une reprise immédiate des activités, avertissant que toute absence non autorisée exposerait les étudiants à la non-validation de leur unité d’enseignement de stage, voire à d’autres sanctions réglementaires.De son côté, l’Ordre National des Médecins du Bénin (ONMB) a appelé à « la retenue, au calme et à la solidarité».Reconnaissant l’émotion suscitée par le jugement, le Conseil national de l’ONMB a indiqué que la défense des confrères condamnés est à l’œuvre et que l’institution reste mobilisée pour accompagner les praticiens concernés et poursuivre le dialogue avec les autorités.
Un dialogue attendu sur des réformes structurelles
Au-delà du bras de fer immédiat, le collectif formule des revendications claires. Les étudiants appellent à l’ouverture d’un dialogue avec les autorités sanitaires et universitaires pour clarifier le statut juridique des apprenants en milieu hospitalier, renforcer les mécanismes de supervision médicale et mettre en place un cadre de responsabilité adapté à la réalité de la formation.Ils soulignent également que leur mobilisation ne cible pas la continuité des soins mais vise à corriger des dysfonctionnements structurels qui dépassent leur seul groupe : les étudiants en médecine générale se disent eux aussi concernés par ces conditions de formation précaires.La crise ouverte par ce verdict judiciaire pose, en définitive, une question que le système de santé béninois ne pourra pas longtemps éluder : comment former les médecins de demain sans les exposer, juridiquement et professionnellement, à des risques disproportionnés par rapport à leur statut d’étudiants ?
Max Gaspard ADJAMOSSI