PRÉSIDENTIELLE DE 2026/PROLIFÉRATION DES MOUVEMENTS DE SOUTIEN : Une valeur ajoutée réelle pour les candidats ou une illusion politique ?

Autour du duo WADAGNI-TALATA, ils surgissent chaque semaine : mouvements citoyens, regroupements de soutien, plateformes d’accompagnement. Une effervescence organisationnelle qui interpelle, dans un Bénin où la réforme du système partisan est censée avoir consacré la primauté des partis politiques.

Un phénomène qui ne se dément pas

À chaque aurore ou presque, une nouvelle structure voit le jour pour exprimer son soutien au duo candidat Romuald WADAGNI – Mariam CHABI TALATA. Leurs appellations varient « Fan Club WADAGNI », « Coalition WADAGNI », « WARO » etc……… mais leur objet demeure identique : porter haut les couleurs de ce duo à la prochaine présidentielle.Ce bouillonnement organisationnel n’est pas un hasard. Il traduit une stratégie délibérée de saturation de l’espace politique, visant à imposer une visibilité et une dynamique de masse dans un contexte où la course présidentielle bat son plein.

La question centrale : quelle plus-value pour les candidats ?

La réponse à cette question mérite d’être nuancée. En apparence, les mouvements de soutien représentent un démultiplicateur de mobilisation : ils permettent d’atteindre des segments de la population que les structures partisanes, souvent perçues comme fermées et élitistes, ne parviennent pas à toucher. Dans les marchés, les quartiers périphériques, les milieux professionnels, ces regroupements font office d’antennes de proximité.Sur le plan de la communication, leur multiplication entretient un sentiment de dynamisme, voire d’inévitabilité autour de la candidature. En politique, la perception de momentum est souvent aussi importante que le momentum réel. Un candidat entouré de dizaines de structures de soutien paraît déjà « en marche », fédérateur, difficile à arrêter.Ces mouvements peuvent également jouer un rôle de captation financière et logistique : leurs membres contribuent souvent aux frais de campagne, mobilisent des véhicules, organisent des meetings locaux, libérant ainsi les partis de certaines charges opérationnelles. Enfin, dans une perspective de future gouvernance, ils constituent une réserve de militants loyaux susceptibles d’être récompensés par des postes.

Une contradiction avec la réforme du système partisan

Le paradoxe est pourtant saisissant. La réforme béninoise du système partisan, engagée sous la présidence de Patrice TALON à travers la loi de 2019 et ses amendements ultérieurs, avait précisément pour ambition de rationaliser le paysage politique en consolidant les partis comme acteurs centraux et incontournables de la vie démocratique. L’instauration d’un seuil électoral élevé, la réduction du nombre de partis reconnus, la concentration du financement public sur les formations ayant démontré leur représentativité : tout cela visait à mettre fin à l’émiettement partisan.Or, la prolifération actuelle des mouvements de soutien semble contourner cet esprit réformateur. En mobilisant hors des structures partisanes légalement reconnues, ces regroupements reconstituent de facto un tissu d’acteurs politiques informels que la réforme cherchait à éliminer. La nuance est importante : ces mouvements ne sont pas des partis, ils n’ont pas vocation à présenter des candidats. Mais leur poids réel dans la campagne peut éclipser celui des partis officiels, réduisant ces derniers à de simples labels de couverture.

Pourquoi les partis gardent-ils le silence ?

Le mutisme des partis politiques face à cette effervescence est éloquent, mais pas inexplicable. Plusieurs lectures s’imposent.

D’abord, une lecture de connivence : dans leur grande majorité, les membres de ces mouvements sont eux-mêmes adhérents des partis de la mouvance présidentielle Bloc Républicain (BR) et Union Progressiste le Renouveau (UPR) en tête. Il n’y a donc pas de réelle concurrence, mais plutôt une division du travail tacite entre l’action institutionnelle des partis et la mobilisation de terrain assurée par ces structures auxiliaires.

Ensuite, une lecture stratégique : s’opposer publiquement à ces mouvements reviendrait à se positionner contre une dynamique populaire, ce qui serait politiquement coûteux. Mieux vaut laisser faire, tout en coordonnant discrètement.

Enfin, une lecture institutionnelle : les directions des partis peuvent également voir dans ces mouvements un exutoire utile pour des militants impatients ou ambitieux, qui trouvent ainsi une façon de se valoriser sans bousculer les hiérarchies internes.

Les indécis et la participation : l’argument le plus sérieux

L’argument avancé par certains observateurs selon lequel ces mouvements pourraient contribuer à hausser le taux de participation mérite une attention particulière. Les scrutins communaux et législatifs récents ont en effet révélé une abstention préoccupante, signe d’une désaffection d’une partie de l’électorat.Les mouvements de soutien, en raison de leur ancrage souvent communautaire ou sectoriel femmes, jeunes, artisans, entrepreneurs peuvent effectivement toucher des citoyens éloignés du discours politique formel. Leur langage est moins institutionnel, leur approche plus directe. C’est là, sans doute, leur principale valeur ajoutée objective.Cependant, cette fonction reste à démontrer empiriquement. Aucune étude sérieuse au Bénin n’a, à ce jour, établi un lien de causalité entre la création de tels mouvements et une augmentation du taux de participation. Le risque inverse existe également : la multiplication de structures perçues comme artificielles pourrait renforcer le cynisme d’électeurs déjà sceptiques.

Les risques sous-estimés

Au-delà des bénéfices attendus, la prolifération des mouvements de soutien comporte des risques que les équipes des candidats auraient tort de négliger.

Le premier est la fragmentation du message : avec des dizaines d’interlocuteurs autoproclamés, la cohérence de la communication de campagne devient difficile à maintenir. Chaque mouvement porte sa propre lecture du programme des candidats, avec les risques de distorsion que cela implique.

Le deuxième risque est celui de la surenchère : certains mouvements, pour se distinguer, peuvent tenir des propos excessifs ou promettre au nom des candidats des choses que ces derniers n’ont jamais envisagées, créant des attentes impossibles à satisfaire.

Troisième risque : la gestion post-électorale. Si les candidats accèdent au pouvoir, chaque mouvement constituera un groupe de pression réclamant sa récompense. La multiplication incontrôlée de ces structures peut créer une dette politique impossible à honorer.

La prolifération des mouvements de soutien au duo WADAGNI-TALATA n’est pas un phénomène anodin. Elle révèle à la fois la vitalité de l’engagement politique au Bénin et les limites d’une réforme du système partisan qui n’a pas su ou pas voulu encadrer ces formes d’organisation para-partisanes.Ces structures ont une utilité réelle, à condition d’être coordonnées, encadrées et intégrées dans une stratégie de campagne cohérente. Livrées à elles-mêmes, elles risquent de devenir un bruit de fond contreproductif, voire un facteur d’instabilité dans l’entourage des candidats.

Le vrai test ne sera pas le nombre de mouvements créés, mais la qualité de la mobilisation le jour du scrutin. C’est à cette aune-là que les électeurs béninois et l’histoire jugeront la valeur réelle de cette effervescence électorale.

Max Gaspard ADJAMOSSI

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