
L’ouverture de la deuxième session ordinaire de l’Assemblée nationale du Bénin a pris une dimension particulière ce vendredi 31 octobre avec la présence remarquée de Malick N’Diaye, Président de l’Assemblée nationale du Sénégal.Un geste symbolique fort qui illustre l’excellence des relations entre les deux pays frères.Dans son discours d’ouverture, Louis Gbèhounou VLAVONOU Président de l’Assemblée nationale du Bénin n’a pas manqué de saluer cette présence exceptionnelle, d’autant plus significative que le dirigeant sénégalais arrive tout juste de la 151ème Assemblée générale de l’Union interparlementaire tenue à Genève. »Je voudrais surtout vous remercier, très sincèrement, au nom de la Représentation nationale du Bénin et en mon nom propre, pour l’important message d’amitié et de fraternité qu’il vous a plu de délivrer au peuple béninois », a déclaré le Président Vlavonou, saluant le message apporté par son homologue sénégalais.
Une histoire commune profonde
Le Président de l’Assemblée nationale béninoise a tenu à rappeler les liens historiques indéfectibles qui unissent les deux nations.Ces relations remontent à la période sombre de l’esclavage et se sont poursuivies à travers la colonisation, le regroupement au sein de l’ex-Afrique occidentale française (AOF) dont le Sénégal était « justement la tête de pont ». L’histoire commune des deux pays s’est également écrite à travers la formation des premières élites béninoises à la célèbre École normale William-Ponty du Sénégal, ainsi que leur engagement commun dans les premières formations politiques à vocation panafricaine créées à Dakar.Le Président VLAVONOU a évoqué avec émotion le parallèle symbolique entre Ouidah et l’Île de Gorée, deux hauts lieux de mémoire de la traite négrière qu’il a eu « le privilège de visiter il y a quelque temps ».
Un signal fort dans un contexte sous-régional tendu
Cette visite intervient quelques mois après celle du Président sénégalais Bassirou Diomaye FAYE, qui avait effectué une visite de travail au Bénin les 15 et 16 juillet derniers. Pour le Président VLAVONOU, ces échanges sont « la preuve, s’il en était encore besoin, de l’excellence des relations d’amitié et de solidarité fraternelle » entre les deux pays.Dans un contexte sous-régional marqué par des tensions diplomatiques entre certains États et l’expansion du terrorisme, ces manifestations de fraternité prennent tout leur sens. « J’estime très humblement qu’en tant que dirigeants, nous avons l’impérieux devoir de multiplier les initiatives du genre », a plaidé le Président de l’Assemblée nationale.L’appartenance commune à plusieurs organisations régionales et sous-régionales continue de cimenter cette relation privilégiée, témoignant d’une solidarité qui transcende les époques et les défis contemporains.
Louis VLAVONOU plaide pour une intégration africaine par les peuples
Dans une analyse philosophique et politique audacieuse, Louis Gbèhounou VLAVONOU a remis en question le modèle dominant de l’intégration africaine lors de son discours d’ouverture de la session parlementaire.Le Président de l’Assemblée nationale plaide pour une approche centrée sur les peuples plutôt que sur les dirigeants politiques.
Les limites du panafricanisme politique
« L’intégration par le haut », selon VLAVONOU, consiste à « confier les rênes de l’intégration à la classe politique: dirigeants politiques et leaders d’opinion en sont considérés comme les acteurs privilégiés ». Cette approche, prônée par les panafricanistes historiques, visait à créer une « Afrique une et indivisible, sans frontières, dirigée par un seul chef ».Le Président de l’Assemblée nationale a rappelé la vision de Kwame N’KRUMAH, convaincu que « pour sortir du sous-développement, l’Afrique doit s’unir ». Son célèbre cri « l’Afrique doit s’unir » résonnait comme « un écho lointain de ‘Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !’ de Karl Marx ». »Cette idée, à dire vrai, ne manque pas d’humanisme; elle est une réponse au désir de fraternité naturelle qui anime les peuples ayant traversé les mêmes épreuves », a reconnu le Président de l’Assemblée nationale du Bénin, évoquant la traite négrière, les invasions étrangères, la colonisation et le néocolonialisme.
L’échec de la Fédération du Mali comme révélateur
Pour illustrer les difficultés de cette intégration par le haut, le Président VLAVONOU a cité l’exemple historique de la Fédération du Mali, initiée par les présidents Léopold Sédar Senghor (Sénégal) et Modibo Keïta (Mali), « de regrettées mémoires ». Cette fédération, qui pouvait être considérée comme « la phase expérimentale où l’état embryonnaire des ‘États-Unis d’Afrique’, a volé en éclats peu de temps après sa création ». »Si l’idée du panafricanisme séduit beaucoup de personnes,la traduire en acte, la faire passer du monde des idées à celui des existences, paraît cependant difficile », a-t-il analysé.
Les rivalités entre dirigeants, obstacle majeur
Dans une réflexion philosophique inspirée de Hegel,VLAVONOU a expliqué que « chaque dirigeant africain est, au sens où l’entend Machiavel, un prince, c’est-à-dire un souverain qui exerce un pouvoir réel et tient à le conserver ». Dans ces conditions, « céder une partie de la souveraineté nationale, comme cela est inévitable dans tout regroupement d’États, est une pilule difficile à avaler ».Le Président de l’Assemblée a dénoncé le fait que certains dirigeants « manipulent leur opinion nationale au nom d’un nationalisme douteux », prétextant œuvrer pour l’indépendance totale tout en rechignant « à appliquer les traités et accords sous-régionaux, régionaux et continentaux ». »Les rapports entre chefs d’États en Afrique, à quelques exceptions près, ressemblent à celle qui prévalent entre deux consciences dans la dialectique du maître et de l’esclave »,a-t-il affirmé. »Derrière les sourires affichés lors des sommets et autres rencontres,derrière les poignées de mains échangées devant les caméras, existent des rivalités tenaces.
« Un appel à l’intégration par les peuples
Face à ces constats, il a appelé à privilégier une intégration portée par les peuples eux-mêmes, basée sur « la proximité et la solidarité entre nos peuples respectifs » pour s’attaquer « résolument et victorieusement, aux vrais problèmes qui entravent leur épanouissement intégral, notamment : la faim, la pauvreté et l’insécurité ».
Max Gaspard ADJAMOSSI