Le ton de la retraite stratégique d’Afreximbank était donné dès le titre du panel inaugural : « Pourquoi les gouvernements échouent toujours à s’industrialiser ». Loin des discours convenus, la banque panafricaine a ouvert ses travaux ce lundi à Addis-Abeba en posant un diagnostic direct. Pour conduire ce « grand déballage » et proposer des pistes concrètes, Afreximbank a fait appel au Président béninois Romuald Wadagni, dont le mandat place la transformation locale au cœur de la politique économique. Trois pièges qui bloquent les ambitions industrielles Devant un parterre de financiers, de décideurs publics et d’opérateurs économiques, le Chef de l’État béninois a livré une analyse sans détour. Entre les documents de stratégie et la réalité du terrain, il a identifié trois blocages systémiques. Le piège de la gouvernance : Sans coordination forte au sommet de l’État, les réformes se perdent dans des administrations aux agendas contradictoires. Les projets s’étiolent dans la bureaucratie. Le piège financier : Trop de programmes industriels reposent sur des modèles économiques fragiles, dépendants de financements hypothétiques et exposés aux chocs internationaux. Le piège de l’économie politique : L’industrialisation redistribue les rentes, bouscule des intérêts établis et exige du temps long. Or, les calendriers électoraux poussent à l’immédiateté. Glo-Djigbé : la démonstration par l’exemple Face à ces freins, Romuald Wadagni a opposé l’expérience récente du Bénin. La Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ), développée avec ARISE Integrated Industrial Platforms (ARISE IIP), s’impose comme un cas d’école. Gagan Gupta, fondateur et directeur général d’ARISE IIP, était présent plus tard dans la matinée pour détailler les conditions de viabilité de ces infrastructures. Le modèle béninois repose sur un principe clair : rompre avec l’exportation de matières premières brutes. En transformant le coton et les produits agricoles sur place, le Bénin capte la valeur ajoutée, crée des emplois qualifiés et offre un cadre réglementaire stable aux investisseurs. Comment le Bénin contourne les trois pièges Le Président a expliqué comment la GDIZ répond aux blocages identifiés : Gouvernance: Le pilotage est confié à une structure dédiée, cogérée avec un partenaire technique expérimenté, pour éviter la dispersion administrative. Financement: Le projet mobilise des capitaux privés et limite le recours à la dette publique. L’objectif est de rendre les zones attractives pour les investisseurs plutôt que de dépendre des budgets étatiques. Économie politique: L’État a sanctuarisé sa ligne politique.Cette continuité juridique rassure les industriels qui engagent des investissements lourds sur plusieurs années. Cette approche rejoint les axes du futur Plan stratégique VII d’Afreximbank, qui met l’accent sur les zones économiques spéciales compétitives, la transformation locale des minerais stratégiques et la numérisation des chaînes commerciales.…