PREMIER SOMMET FÉMINISTE DES DONNÉES D’AFRIQUE DE L’OUEST : Le RFLD réunit une centaine de délégués à Porto-Novo

Photo de famille des participants au sommet

Le Projet Nafasi, mis en œuvre par le RFLD et ses partenaires avec le soutien financier de SIDA, aboutit à l’adoption de la Déclaration féministe de Porto-Novo

Pendant trois jours, l’Hôtel Les Oliviers à Porto-Novo a accueilli une centaine de déléguées et délégués venus de toute l’Afrique de l’Ouest pour un exercice inédit : construire, données à l’appui, un agenda régional féministe pour les droits numériques. Organisé par le Réseau des Femmes Leaders pour le Développement (RFLD), observateur auprès de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), ce Sommet féministe des données s’est tenu du 28 au 30 juillet 2026 sous le thème « Décoloniser les données : construire des futurs numériques féministes en Afrique de l’Ouest ».

Des statistiques à la loi

La première journée a posé les bases normatives des travaux, autour des résolutions 657, 620 et 522 de la CADHP, qui confèrent un mandat régional aux acteurs du traitement des données. Chercheuses, journalistes et représentants d’organisations comme Pollicy ou Vobodo y ont dressé une cartographie des données disponibles sur les droits numériques et les violences basées sur le genre en ligne (TFGBV)  et surtout de leurs lacunes, qu’elles soient thématiques, géographiques ou linguistiques. Une question a structuré les échanges : comment transformer une simple statistique en proposition législative que les parlements puissent examiner ? Une table ronde consacrée au financement a par ailleurs interrogé les modèles de soutien aux organisations féministes ouest-africaines, entre financements flexibles, subventions participatives et fonds mutualisés comme le Fonds WAFF.

Protection numérique et compétences pratiques

La deuxième journée a mis l’accent sur la pratique : protection numérique sensible au genre, sécurité des comptes, hygiène des appareils. L’honorable Rémy Ngoy Lumbu, Rapporteur spécial de la CADHP sur les défenseurs des droits de l’homme, est intervenu à deux reprises pour détailler les mécanismes d’alerte de la Commission et leur articulation avec les dispositifs des Nations Unies. Les participants ont ensuite planché en groupes de travail pour rédiger huit notes d’orientation, chacune ciblant une lacune législative ou réglementaire précise, destinées à nourrir le futur programme régional.

Un agenda régional et un collectif transfrontalier

 La dernière journée a été consacrée à la consolidation : synthèse des huit notes thématiques, sessions sur la mobilisation des ressources, puis lancement d’un collectif transfrontalier de données chiffrées, doté de canaux de communication sécurisés et de protocoles de réponse rapide pour documenter les violations sans exposer les sources. Le Sommet s’est conclu par la ratification de l’Agenda régional féministe des données 2026-2028 et une cérémonie de remise de certificats.

Un maillon de l’initiative continentale NAFASI

Ce Sommet s’inscrit dans le cadre de NAFASI  « espace » en swahili, une initiative continentale de défense de l’espace civique numérique et physique pour la société civile, les journalistes et les défenseuses des droits humains. Portée par une coalition régionale  Magamba Network pour l’Afrique australe, DefendDefenders pour l’Afrique de l’Est et la Corne de l’Afrique, et le RFLD pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, avec une attention particulière aux espaces francophones et lusophones, NAFASI se déploie sur trois piliers : le plaidoyer politique et institutionnel auprès de la CADHP et des parlements africains, la résilience numérique via une ligne d’urgence disponible 24h/24 et des formations en cybersécurité sensibles au genre, et la mise en réseau des initiatives numériques dispersées du continent. Financée par l’Agence suédoise de coopération internationale au développement (ASDI/Sida), l’initiative se déploie sur trente-six mois, de 2026 à 2029. À travers ce Sommet, le RFLD a voulu rappeler une conviction centrale : les organisations féministes et communautaires ne doivent pas seulement être consommatrices de données sur les droits numériques, mais bien productrices de données officielles condition, selon elles, pour peser durablement sur les politiques publiques.  

Max Gaspard ADJAMOSSI

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