PROJET DE RÉVISION CONSTITUTIONNELLE ET INSTAURATION DU SÉNAT : La position de trois centrales et confédérations syndicales

Dans une lettre ouverte adressée aux députés de l’Assemblée nationale, trois principales centrales syndicales du Bénin ont exprimé leur vive opposition au projet de loi visant à réviser la Constitution pour instituer un Sénat.La Confédération des Syndicats Autonomes du Bénin (CSA-Bénin), la Confédération Générale des Travailleurs du Bénin (CGTB) et l’Union Nationale des Syndicats de Travailleurs du Bénin (UNSTB) ont uni leurs voix pour dénoncer cette initiative portée par les députés AKE Natondé et ASSAN Seibou, déposée le 31 octobre 2025.

Une procédure jugée antidémocratique

Les organisations syndicales dénoncent une démarche « cavalière » menée « en fin de mandat » et « sans consultation préalable ni débat public ».Selon elles, cette proposition intervient« à la veille de la fin de règne d’un régime ayant exercé le pouvoir durant une décennie », ce qui soulève des « inquiétudes légitimes ».Les travailleurs béninois estiment qu’une réforme d’une telle ampleur devrait impérativement être soumise à référendum, le peuple souverain étant « seul détenteur de la légitimité constitutionnelle ».Ils rappellent que l’article 156, alinéa 2 de la Constitution béninoise stipule explicitement que « la forme républicaine de l’État et sa laïcité ne peuvent faire l’objet d’une révision ».

Des priorités détournées

Dans leur correspondance, les syndicats s’interrogent sur les priorités du gouvernement. « Dans un contexte marqué par une précarité croissante, une inflation persistante et une détérioration du pouvoir d’achat », ils jugent paradoxal que l’attention se porte sur une « réforme superfétatoire, coûteuse, clivante, déconsolidante et inconséquente » plutôt que sur « des politiques publiques amélioratives ». Les centrales syndicales soulignent que les préoccupations premières des citoyens concernent « la sécurité humaine, l’amélioration de leurs conditions de vie, la lutte contre la pauvreté, l’accès à des services sociaux de qualité et la garantie d’un emploi décent ».

Un risque pour la stabilité institutionnelle

Au-delà des questions de procédure, les syndicats s’inquiètent des conséquences d’une telle réforme. Selon eux, l’érection d’un Sénat risquerait « d’attiser et de réactiver en permanence les tensions interinstitutionnelles et politiques dans le pays ». Ils soulignent que depuis 1990, « les institutions ont fonctionné sans entrave majeure » et que « la paix et le développement n’ont jamais été compromis par l’absence d’un Sénat ».La proposition tendrait à « conférer les pouvoirs les plus étendues, quasi-illimitées, à une catégorie de citoyens non élus, investis d’un mandat à vie », une démarche que les syndicats jugent contraire aux fondements républicains basés sur « la souveraineté populaire, l’égalité devant la loi et la garantie des libertés fondamentales ».

Un appel solennel aux députés

Les trois organisations syndicales en appellent « à la responsabilité des honorables députés, toutes sensibilités confondues », les exhortant à « rejeter cette proposition de révision » et à « inviter les autorités compétentes à recourir, le cas échéant, au peuple souverain par voie référendaire ».Elles se réservent par ailleurs « le droit d’interpeller publiquement chaque député en fonction de la posture qu’il adoptera dans le cadre de ce processus ».Cette prise de position commune des principales forces syndicales du pays illustre les tensions suscitées par ce projet de réforme constitutionnelle, quelques mois avant que le régime en place ne sollicite à nouveau le suffrage du peuple.La lettre a été signée par Anselme AMOUSSOU, BACHABI Moudassirou et K. Appolinaire AFFEWE, respectivement secrétaires généraux des trois centrales syndicales.

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