
Dans la compétition entre le Bénin et le Mali pour le titre de premier producteur d’or blanc du continent, le premier prend l’ascendant sur le second cette saison et entend maintenir sa domination via la hausse des rendements et l’essor de la transformation.
Une bataille qui se joue dans un contexte difficile, avec un prix du coton au plus bas.
À l’issue de la campagne cotonnière 2023-2024, le Mali semblait avoir retrouvé son assurance de premier producteur africain d’or blanc, avec 690 000 tonnes de coton récolté, devant un Bénin alors stabilisé à un peu plus de 600 000 t. Il faut dire que, à Bamako, la campagne précédente avait été marquée par un effondrement de la production à moins de 390 000 t, contre 777 120 t en 2021-2022. Ce recul avait été causé par la double malédiction des jassides ces insectes ravageurs qui avaient décimé les plantations et de l’embargo de la CEDEAO, qui avait bloqué les intrants agricoles dans les ports maritimes d’Abidjan et de Dakar dont dépendait le Mali.
La revanche béninoise de 2024-2025
Alors que la campagne 2024-2025 tendait vers sa fin, les premières estimations laissaient entrevoir un possible renversement de la situation. Au Mali, la récolte de coton graine était attendue à 569 300 tonnes, traduisant une baisse de 17 % par rapport à la production de 690 000 tonnes enregistrée lors de la campagne précédente. De son côté, le Bénin tablait sur une récolte de 669 000 tonnes, en hausse de 11,5 % par rapport à la production de 600 000 tonnes réalisée lors de la campagne antérieure. À l’issue de la campagne 2024-2025, la production de coton dans la zone CFA s’est établie à 2,3 millions de tonnes, en baisse de 11,5 % par rapport à la campagne précédente, marquée par des irrégularités pluviométriques et des défis liés à la gestion des infestations parasitaires. Au Bénin, la production est passée de 599 457 à 637 697 tonnes, soit une croissance de 6,3 %, grâce à l’élargissement des superficies cultivées et à une légère amélioration des rendements.
Un avantage structurel : les rendements
Si la surface emblavée reste un indicateur de puissance brute, c’est bien sur les rendements à l’hectare que le Bénin creuse son sillon. Selon le ministère de l’Agriculture, le Bénin a enregistré une augmentation moyenne annuelle de la production cotonnière de 139 % par rapport à la campagne 2015-2016, et les rendements moyens nationaux sont passés de 877 kilogrammes par hectare en 2015-2016 à 1 198 kilogrammes par hectare en 2024-2025. Le Bénin affiche ainsi la meilleure productivité régionale, avec un rendement de 0,73 tonne de coton par hectare, le plaçant devant des nations comme le Mali et le Burkina Faso souvent mieux connues pour leur production brute.
La GDIZ, l’arme secrète de Cotonou.
Mais le vrai différenciateur béninois réside moins dans les champs que dans les usines. Au cœur de la zone économique spéciale de Glo-Djigbé (GDIZ), à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de Cotonou, les machines à coudre tournent à plein régime. Dans cet atelier moderne et bien éclairé, des centaines de jeunes hommes et de jeunes femmes sont formés aux métiers du textile. La GDIZ est capable de transformer 40 000 tonnes de fibres de coton par an. Selon Yemi AHOUANMENOU, directeur général adjoint de Bénin Textile SA, l’objectif est de développer des produits de linge de maison draps et serviettes pour couvrir les marchés européens et américains : « Nos concurrents principaux sont au Bangladesh, au Pakistan, en Inde.Le fait de pouvoir traiter la matière première ici au Bénin nous permet de créer de l’emploi. » Quelque 3 000 jeunes sont déjà formés, et à terme, lorsque deux autres unités seront opérationnelles, ce sont plus de 15 000 personnes qui seront employées. Les perspectives de la zone visent à transformer environ 100 000 tonnes de coton par an à l’horizon 2030, avec des installations de filature, de tricotage, de teinture et de confection pour produire des vêtements 100 % made-in-Bénin une première en Afrique de l’Ouest. Côté financement, un consortium de quatre grandes banques la BIIC, la CBAO Bénin, la BGFI Bank et la BOAD a injecté 52,3 milliards de francs CFA (environ 86 millions de dollars) dans la Société des Textiles du Bénin, pour produire une gamme de produits finis à l’exportation vers les marchés européen et américain.
Des nuages sur le marché mondial
Cette ambition béninoise se déploie toutefois dans un environnement international peu favorable. Les prix du coton restent sous pression, affectés par une offre mondiale abondante et une demande atone. S’ajoute à cela le nouveau contexte commercial compliqué par les augmentations de droits de douane décidées par Donald TRUMP, alors que la GDIZ a commencé à exporter des vêtements vers les États-Unis dès 2023 notamment pour la marque The Children’s Place, puis pour U.S. Polo Assn fin 2024.
2025-2026 : le Bénin confirme, le Mali décroche
Pour la campagne 2025-2026, les projections annoncent un nouveau renversement de situation favorable au Bénin. Selon le dernier bulletin du PR-PICA, la récolte malienne de coton graine est projetée à 433 700 tonnes, soit une chute de près de 34 % par rapport à la saison précédente.
Cette contre performance s’explique par des conditions agro-climatiques défavorables : les mois de septembre et octobre 2025 ont été marqués par une sécheresse exceptionnelle, avec seulement 14 mm de pluie en octobre au Mali, contre 152 mm à la même période la saison précédente. Pendant ce temps, le Bénin affiche une résilience remarquable, avec des projections tablant sur une production de 632 000 tonnes pour la saison 2025-2026 un niveau proche de la campagne précédente, ce qui, dans un contexte régional perturbé, devient un atout. La question reste posée : ce leadership béninois est-il durable ? Si les rendements et la transformation locale constituent des piliers solides, la filière reste soumise aux aléas climatiques, aux fluctuations des cours mondiaux, et à la pression concurrentielle d’un Mali qui, historiquement, sait rebondir.
Max ISHOLA