ÉLECTIONS MUNICIPALES ET COMMUNALES AU BÉNIN : Le positionnement sur les listes divise au sein des partis politiques

À l’approche des élections municipales et communales au Bénin, les partis politiques font face à une problématique récurrente mais déterminante: le positionnement des candidats sur les listes électorales.Cette question, apparemment technique, soulève en réalité des tensions profondes qui mettent à l’épreuve la cohésion interne des formations politiques.

L’enjeu stratégique des premières places

Dans le système électoral béninois, la position occupée sur une liste électorale n’est pas anodine. Les premières places constituent un avantage considérable en termes de visibilité et de chances d’élection. Cette réalité crée une compétition féroce entre militants et cadres d’un même parti, chacun aspirant à figurer en tête de liste dans sa circonscription.Les critères de sélection deviennent alors sources de débats houleux: faut-il privilégier l’ancienneté militante, la popularité locale, les compétences techniques, ou encore respecter des équilibres géographiques et communautaires ? Chaque parti doit composer avec ces multiples exigences, souvent contradictoires.

Des tensions qui révèlent des fractures internes

Le processus de composition des listes agit comme un révélateur des rapports de force au sein des partis. Les leaders locaux s’affrontent, les groupes d’influence se mobilisent, et les allégeances personnelles sont mises à l’épreuve. Ces tensions peuvent rapidement dégénérer en conflits ouverts, provoquant parfois des départs de militants déçus ou des scissions.Certains cadres évincés n’hésitent pas à contester les décisions des instances dirigeantes, dénonçant favoritisme, népotisme ou manque de transparence. D’autres choisissent de se présenter comme candidats indépendants, affaiblissant ainsi les chances de leur parti d’origine.

L’équilibre délicat entre démocratie interne et efficacité électorale

Les partis politiques béninois se trouvent face à un dilemme : comment concilier démocratie interne et construction de listes compétitives ? Les primaires ouvertes peuvent satisfaire la base militante mais risquent de privilégier la popularité au détriment de la compétence. À l’inverse, une désignation autoritaire par les instances dirigeantes garantit une cohérence stratégique mais alimente les frustrations.Certaines formations tentent de trouver un compromis en instaurant des commissions de sélection associant dirigeants nationaux et représentants locaux, mais ces mécanismes ne suffisent pas toujours à apaiser les tensions.

Les implications pour la gouvernance locale

Au-delà de la dynamique interne des partis, ces divisions ont des conséquences sur la qualité de la représentation démocratique locale. Lorsque les listes sont le fruit de compromis laborieux ou de rapports de force plutôt que d’une véritable réflexion sur les besoins des collectivités,c’est l’efficacité de la future gouvernance qui peut être compromise.Les citoyens, spectateurs de ces querelles intestines, peuvent développer une forme de désaffection envers une classe politique perçue comme préoccupée davantage par ses intérêts propres que par le bien commun.

Vers une nécessaire réforme ?

Face à ces défis récurrents, certains observateurs de la vie politique béninoise plaident pour une réforme des modalités de désignation des candidats. Des propositions émergent : instauration de primaires réglementées, critères de parité et de représentativité, mécanismes de médiation interne, ou encore renforcement de la transparence dans les processus de sélection.

Reste à savoir si les partis politiques sauront tirer les leçons de ces divisions pour renforcer leur démocratie interne et restaurer la confiance des électeurs.L’avenir de la gouvernance locale au Bénin en dépend largement.

Max Gaspard ADJAMOSSI

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