ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE AU BÉNIN : La persistance des candidatures farfelues et fantaisistes

iÀ l’approche de la présidentielle de 2026 au Bénin, le paysage politique se redessine peu à peu.Entre les grandes formations organisées, les figures politiques connues et les outsiders, on observe également une vague de candidatures qualifiées de « farfelues » ou « fantaisistes ». Ce phénomène, loin d’être anecdotique, traduit des dynamiques politiques, sociales et même psychologiques propres au jeu démocratique béninois.

Une manifestation de l’ouverture démocratique

Le dépôt de candidatures improbables, parfois déconnectées des réalités politiques et institutionnelles, est d’abord le signe que le cadre démocratique béninois reste ouvert. Même si les conditions de parrainage instaurées depuis 2019 réduisent considérablement les chances de tels candidats, leur volonté de s’afficher traduit une vitalité démocratique. Certains y voient un moyen d’exister dans le débat public, d’autres, un acte symbolique de contestation ou d’expression citoyenne.

La quête de visibilité et de reconnaissance

Pour beaucoup de ces candidats « atypiques », la présidentielle est un tremplin médiatique. Ils savent pertinemment que leurs chances de victoire sont quasi nulles, mais ils misent sur la scène électorale pour se faire connaître, renforcer leur notoriété, voire préparer de futures ambitions politiques (législatives, municipales). Dans un contexte où l’accès aux médias et à la scène politique est de plus en plus encadré, se déclarer candidat devient une stratégie de visibilité.

Le risque de banalisation du processus électoral

Toutefois, la multiplication des candidatures farfelues peut aussi banaliser un exercice majeur de la démocratie. Elle entretient parfois une perception de légèreté, voire de comédie politique, qui peut nuire à la crédibilité des institutions électorales et détourner l’opinion publique des vrais enjeux : l’économie, la gouvernance, la sécurité ou encore les réformes sociales. Dans un contexte où la présidentielle reste le rendez-vous politique le plus scruté, cette banalisation comporte des risques.

Une conséquence des fractures politiques

Il faut également lire ces candidatures comme l’expression des frustrations liées aux réformes électorales. Le système de parrainage, qui confère aux élus (députés et maires) le pouvoir de « filtrer » les prétendants, est souvent perçu comme un verrou. Faute de pouvoir accéder réellement à la compétition, certains citoyens choisissent malgré tout de se déclarer candidats, pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une confiscation du jeu démocratique.

Le rôle de l’opinion publique et des médias

Les médias et les réseaux sociaux jouent un rôle d’amplificateur dans la mise en lumière de ces candidatures atypiques. La dérision, les caricatures et les débats suscités autour de ces profils traduisent l’intérêt du public, mais également le besoin d’un « spectacle politique ». Le danger réside dans le fait que cela détourne l’attention des candidatures sérieuses et des débats programmatiques.

La persistance des candidatures farfelues et fantaisistes à la présidentielle de 2026 n’est pas un accident, mais plutôt un symptôme de la vie démocratique béninoise. Elle révèle à la fois une vitalité citoyenne, une quête de reconnaissance individuelle et une critique implicite du système électoral en place.Le véritable enjeu pour le Bénin sera de réussir à canaliser cette énergie démocratique vers un débat constructif, où les propositions l’emportent sur la simple recherche de visibilité.

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