DÉLIVRANCE DU QUITUS FISCAL POUR LES ÉLECTIONS DE 2026 AU BÉNIN : Les craintes de l’opposition sont-elles fondées?

Le parti Les Démocrates dénonce dans une déclaration ce lundi 15 septembre une « instrumentalisation » de l’administration fiscale en vue des élections de 2026.

Retour sur une polémique récurrente qui empoisonne le débat démocratique béninois.

Trois jours après l’ouverture de la plateforme en ligne pour les demandes de quitus fiscal, le parti Les Démocrates a publié une déclaration cinglante dénonçant une « énième machination » du régime de Patrice TALON. Au cœur de la controverse: l’utilisation présumée de ce document administratif comme « arme politique redoutable d’exclusion » des adversaires du pouvoir en place.

Un passé qui hante le présent électoral

Pour comprendre l’ampleur de ces inquiétudes, il faut remonter aux élections législatives de 2019. Cette année-là, l’ensemble des partis d’opposition avait été écartée de la course, ne laissant en lice que l’Union progressiste (UP) et le Bloc républicain (BR), tous deux acquis au président TALON. Officiellement, ces exclusions étaient justifiées par l’absence de certificat de conformité et de quitus fiscal. « Le quitus fiscal en 2019, tout comme lors des élections législatives de 2023, a été massivement utilisé par le régime en place pour régler des comptes politiques », dénonce le parti dans sa déclaration. Une accusation grave qui s’appuie sur des témoignages d’opposants qui affirment avoir subi des « impositions fantaisistes » de plusieurs millions de francs CFA, y compris certains ayant déjà obtenu leur quitus pour la présidentielle de 2021.

Des modalités techniques qui interrogent

L’ouverture de la plateforme https://quitus.impots.bj le 12 septembre dernier n’a fait qu’attiser les tensions.Les Démocrates pointent du doigt plusieurs éléments qu’ils jugent suspects dans le fonctionnement du système :D’abord, l’obligation faite aux postulants de préciser le type d’élections pour lequel ils demandent leur quitus. « Comment comprendre qu’il soit demandé aux postulants sur la plateforme de préciser le type d’élections? », s’interroge le parti, y voyant un moyen de contrôler et potentiellement bloquer certaines candidatures selon les ambitions politiques des demandeurs.Ensuite, la limitation à un seul type d’élection par demande, que Les Démocrates considèrent comme une violation du Code électoral. « Rien n’interdit à un citoyen de faire son dossier de candidature pour toutes les élections », argue le parti, d’autant que les dépôts de candidatures se font à des dates différentes.

Un timing qui fait débat

Autre grief majeur: le supposé retard pris dans l’ouverture de cette plateforme. Les Démocrates documentent leurs démarches avec précision : courriers envoyés au ministre des Finances le 17 mars et le 8 août 2025 pour demander une ouverture anticipée, restés sans réponse satisfaisante jusqu’en septembre. »Alors que l’Administration fiscale a mis du retard dans l’ouverture de la plateforme et que les jours s’égrènent, il s’observe alors une véritable course contre la montre », déplore le parti, particulièrement préoccupé par « le nombre élevé de candidature pour les élections communales et municipales »

.Un contexte politique tendu

Ces inquiétudes s’inscrivent dans un climat politique déjà électrique. Le parti Les Démocrates rappelle que « la relecture du Code électoral après le rejet de la révision Constitutionnelle, avait fait constater un endurcissement des conditions d’éligibilité » pour le principal parti d’opposition.La situation est d’autant plus délicate que le ministre des Finances, Romuald WADAGNI, a été désigné candidat à la présidentielle de 2026, soulevant des questions de conflit d’intérêts potentiel dans la gestion du processus de délivrance des quitus.

Des améliorations relatives mais insuffisantes

Il faut néanmoins noter que la situation s’est relativement améliorée depuis 2019. En 2023, sept partis avaient pu participer aux élections législatives, contre seulement deux en 2019. La digitalisation du processus via la plateforme en ligne peut également être perçue comme un progrès vers plus de transparence.Cependant, ces évolutions n’ont pas suffi à dissiper les craintes de l’opposition, qui continue de voir dans le quitus fiscal un outil potentiel d’exclusion politique.

Un enjeu démocratique majeur

Au-delà des aspects techniques, c’est la crédibilité même du processus électoral de 2026 qui est en jeu. Dans un pays où la démocratie reste fragile, la confiance dans les institutions électorales est cruciale pour la stabilité politique. »Le Parti Les Démocrates lance un appel à la dépolitisation de tous les organes impliqués dans l’organisation des prochaines élections générales », plaide la formation politique, réclamant que « tout citoyen à jour sur les trois dernières années précédant la date de dépôt de candidature doit être capable de se porter candidat pour toutes les élections de son choix ».

Vers une clarification nécessaire

Face à ces accusations, l’administration fiscale béninoise se trouve dans l’obligation de clarifier ses procédures et de garantir un traitement équitable de toutes les demandes. La publication de statistiques détaillées sur les demandes, acceptations et refus de quitus pourrait contribuer à apaiser les tensions. Des mécanismes de recours clairs et rapides en cas de refus, ainsi que des engagements fermes sur les délais de traitement, paraissent également indispensables pour restaurer la confiance.L’enjeu est de taille : il s’agit de prouver que le Bénin peut organiser des élections inclusives et crédibles, condition sine qua non de sa stabilité démocratique.Dans quelques mois, les Béninois seront fixés sur la capacité de leurs institutions à relever ce défi crucial.

Max Gaspard ADJAMOSSI

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