CRISE AU SEIN DU PARTI LES DÉMOCRATES :Une guerre de leadership menace le principal parti d’opposition du Bénin (Le Conseil national du 22 mars vire au psychodrame)

À moins quelques semaines de l’élection présidentielle du Bénin, le parti d’opposition Les Démocrates traverse une crise interne d’une gravité inédite. Deux hommes, deux légitimités revendiquées, une même chaise : celle de la présidence du parti fondé par l’ancien chef de l’État Thomas Boni Yayi. Entre procédures contestées, accusations de manipulation et bras de fer statutaire, la formation politique s’enfonce dans une tourmente dont elle peine à entrevoir l’issue.

Le Conseil national du 22 mars vire au psychodrame

Tout a commencé dimanche 22 mars 2026, lors d’un Conseil national ordinaire convoqué au siège du parti. La séance, censée se dérouler dans le cadre habituel des instances délibératives, a rapidement dégénéré. Les tensions couvaient depuis la démission du président titulaire, Thomas Boni YAYI.Ce jour-là, elles ont éclaté au grand jour.Éric HOUNDÉTÉ le premier vice président, qui assure l’intérim de la présidence depuis le départ de YAYI, a conduit l’ouverture des travaux. Mais très vite, une partie des délégués présents a tenté d’inscrire à l’ordre du jour la question de la succession à la tête du parti.Une manœuvre que HOUNDÉTÉ a catégoriquement refusée, invoquant une « violation flagrante des textes ». Devant ce qu’il qualifie de « contrat de désordre » orchestré de l’ombre, il a choisi de lever la séance.La suite a tout d’un feuilleton politique: en son absence, une partie des congressistes a poursuivi les délibérations et désigné Nourénou ATCHADÉ comme nouveau président du parti.

Deux présidents, deux légitimités

Le lendemain,Éric HOUNDÉTÉ brise le silence avec fermeté. Dans une intervention diffusée par Matin Libre TV, il est sans ambiguïté: « Éric HOUNDÉTÉ reste et demeure le président par intérim du parti. » Pour lui, toute décision adoptée après la levée officielle de la séance est nulle et non avenue. Il fustige les « ambitions démesurées » et les « prétentions exagérées » de ceux qui auraient cherché à profiter du désordre, et promet que « l’ordre et la discipline seront rétablis ».En face, le camp de Nourénou ATCHADÉ se prévaut d’une légitimité procédurale solide L’ancien député Kamel OUASSANGARI, figure respectée du parti, monte au créneau pour défendre la régularité de la désignation. Interrogé par un média local ce mardi 24 mars, il soutient que les textes internes prévoient un délai de trois mois après la démission du président pour élire un successeur, sans date précise imposée. « Cette élection peut intervenir à tout moment durant cette période, y compris à l’occasion d’un Conseil national ordinaire », argue-t-il.OUASSANGARI conteste par ailleurs la version des faits de HOUNDÉTÉ sur le déroulement de la séance: selon lui, ce dernier aurait quitté la salle au moment précis où il n’avait plus la majorité pour orienter les débats une sortie stratégique davantage qu’une interruption légitime.

Une crise de textes autant que de personnes

Au cœur du différend se trouve une question d’interprétation statutaire.Les deux camps lisent les mêmes textes et en tirent des conclusions opposées.Pour HOUNDÉTÉ, une modification de l’ordre du jour d’un conseil ordinaire ne peut en aucun cas ouvrir la voie à une désignation présidentielle sans convocation spécifique. Il plaide pour la tenue d’une session extraordinaire dédiée, seule instance à même de conférer une légitimité incontestable au futur dirigeant.Pour OUASSANGARI et les partisans de ATCHADÉ, le Conseil national ordinaire dispose de la faculté souveraine de modifier son ordre du jour et d’adopter des décisions en conséquence et c’est précisément ce qu’il a fait le 22 mars, dans les règles.L’issue de ce bras de fer dépendra sans doute de la capacité du parti à réunir ses instances arbitres, ou à défaut, d’un recours judiciaire que personne n’écarte totalement.

Une opposition fragilisée à un moment cruciale

Ce qui inquiète le plus les observateurs de la scène politique béninoise, c’est le calendrier de cette crise.À quelques jours de la présidentielle de 2026, Les Démocrates représentaient l’un des rares espaces d’opposition structurée face au parti au pouvoir. Une fracture durable au sommet de la formation risquerait non seulement de disperser ses forces militantes, mais aussi de brouiller son message auprès des électeurs.Le spectre d’une division en deux camps irréconciliables n’est pas écarté. Si une session extraordinaire est bien convoquée comme HOUNDÉTÉ le promet, elle devra se tenir dans un climat apaisé ce qui, au regard des tensions actuelles, relève encore du vœu pieux.Pour l’heure, Les Démocrates semblent suspendus à une question aussi simple qu’urgente: qui parle au nom du parti ? La réponse, si elle tarde, pourrait coûter cher à toute une famille politique à l’heure où le Bénin s’apprête à choisir son prochain président.

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